015- © Justine Emard - with Alter and Mirai Moriyama


2016- Texte « Reborn », Pascal Beausse

Avec Reborn, Justine Emard crée un lieu de rencontre entre deux formes de vie. Humain et non-humain dialoguent par les écrans interposés de cette installation vidéo,

qui met en scène une interaction entre leurs sensibilités respectives.

Robot développé par les laboratoires associés de Hiroshi Ishiguro et Takashi Ikegami, Alter déploie son espace propre, par une gestuelle et une voix uniques, non calquées sur l’humain. Doté d’une intelligence artificielle,

autonome dans son expression, il analyse son environnement et en déduit un langage sonore et corporel, pour y affirmer sa présence. Mirai Moriyama informe sa performance de cette singularité technologique. Son corps réapprend le mouvement à travers la vitalité inédite du robot. Ensemble, ils inventent la possibilité d’un monde.

Justine Emard nous propose un renversement de perspective. Le dialogue intime entre humain et robot s’établit dans une lumière originelle. Nous sommes les témoins des prémices d’une nouvelle Renaissance. L’Humanité n’est plus seule. Elle a donné naissance à un alter ego.

Pascal Beausse


2016 – Takashi Ikegami, Hiroshi Ishiguro « Where is the heart between man and machine » Kodansha

池上高志、石黒 浩  「人間と機械のあいだ 心はどこにあるのか 」講談社、 2016年
Editor: Maiko Imaoka

Pictures: Justine Emard

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2014- Texte Screencatcher, Pauline Vidal

Screencatcher a pour point de départ l’enquête menée par Justine Emard en 2008 sur la disparition des cinémas de plein air américains. Elle comprend huit dessins au feutre de driver-in theaters laissés à l’abandon, que le spectateur est invité à regarder à travers un écran d’iPhone ou d’iPad. Grâce à un logiciel, des vidéos se superposent aux dessins manuels augmentant l’espace dessiné d’une réalité virtuelle. Le logiciel agit tel un filtre, à la manière des dreamcatcher chez les Indiens Navajos qui évacuaient les cauchemars pour ne garder que les images positives des rêves et auquel le titre de l’œuvre fait référence. En associant dessins et réalité augmentée, l’installation fait fusionner différents niveaux de réalité et propose ainsi une expérience inédite du paysage. Mêlant des écrans dessinés et des écrans réels, Screencatcher offre une mise en abîme de l’image et transforme la position du spectateur qui devient acteur à part entière du dispositif.

Pauline Vidal


2011- Exposition Première, 16ème éditions 2011,Centre d’Art Contemporain de Meymac, France
Texte de Gallien Déjean

Un jour, Olivier Mosset a déclaré que ses monochromes étaient des peintures ratées. Il voulait dire par là que ce genre, en tant qu’aboutissement pictural, avait perdu sa radicalité aujourd’hui puisqu’il était devenu une image académique de lui-même, entraînant avec lui la chute de l’idéal moderniste. Si la dimension monochromatique est intégrée à la démarche de Justine Emard, ce n’est pas sous l’angle de la neutralité ou du constat d’échec. Sa pratique irait plutôt puiser du côté d’une certaine histoire des avant-gardes de la seconde moitié du XXe siècle : celle du cinéma sans image (de l’Anticoncept de Gil Wolman au flicker à la Paul Sharits). Une manière, pour elle, d’expérimenter ce qui distingue la fixité du mouvement et de réévaluer la question de l’écran – qui cache et qui révèle –, celle du cadrage et du hors-champ, paradigmes du cinéma.
La disparation progressive de l’image, à l’œuvre dans les photos et les vidéos de Justine Emard, a débuté par une enquête sur l’abandon des drive-in theaters aux Etats-Unis et en Espagne. Lors de ses repérages à Dallas en 2008, elle constate l’évanouissement des derniers cinémas en plein air. Elle recherche alors dans le tissu urbain la trace d’écrans potentiels. Sur chaque cliché de la série des Ecrans égarés flotte un rectangle blanc dans le paysage. Il s’agit généralement de formes, anonymes et « sauvages », le plus souvent peintes sur les murs de brique de la ville, que l’artiste découvre lors de ses pérégrinations. Si leur fonction première demeure incertaine, Justine Emard les considère comme des zones de projection mentale spontanées, quasiment engendrés par l’espace publique lui-même. Un dispositif ready-made, en quelque sorte. Dans un diptyque sans titre photographié à Sète en 2009, l’écran n’est plus qu’un contour sur l’horizon maritime, matérialisé par l’architecture délabrée d’une périphérie portuaire. « Le cinéma est dans la nature » déclare Godard à propos des alternances de la mer qu’il filme dans Le Mépris à travers le cadre des fenêtres de la villa Malaparte.
A l’opposé du monochrome, la disparition de l’image, chez Justine Emard, est antimoderniste puisqu’elle ne revendique nullement l’essence du medium artistique. L’œuvre, bien au contraire, est contextuelle. L’intérieur du cadre devient poreux, ouvert sur le hors-champ du monde qui l’environne : la tache de rouille sur l’écran vide, les murs de la ville, le halo des phares de voitures qui se rallument. La séance est terminée, ou ne fait-elle que commencer ?


2011- Texte de Philippe Eydieu
pour l’exposition « J’ai encore une chose à vous montrer » ESACM, France

Justine Emard s’intéresse aux conditions d’apparition d’une image.
Elle glisse sa réflexion entre images fixes et images en mouvement et recherche dans l’environnement les réceptacles de ses images. Elle collectionne ainsi des photographies de murs blancs, de percées ou encore d’écrans trouvés dans l’espace urbain. Elle filme les entractes de drive-in-theaters où l’écran, revenant ponctuellement au blanc, éclaire les spectateurs.
Elle développe également des dispositifs de prises de vues qui convoquent un moment singulier, celui de l’eau par exemple, conducteur d’un mouvement lent et éthéré. Dans sa vidéo « Philosophie automatique », l’artiste plonge ainsi des textes philosophiques dans l ‘eau d’un aquarium comme autant de résidus de pensée qui lentement vont se désagréger, disparaitre. Entre prélèvement et fabrique de mouvement, Justine Emard expérimente les frontières de l’image.


2010 Catalogue  Osnabruck, European Media Art Festival, Germany

The multi channel installation « Blank Screens » results of a research about landscape and moving images. It shows different places where images are directly involved in the landscape through a screen, mostly drive-in theaters, abandoned or opened. The serie is a witness of the position and the projection of images in a context, a setting, a landscape, a particular place and the power it exercises over the place (traffic, maintenance or abandonment of the place, advertising or media …).These short videos have been shot in different countries with the ideas of transit, roaming and wandering. Images in these videos seem to be absent through blank or suggested screens…

Justine Emard, *1987 in Beaumont, studied art at Ecole Supérieure d’Art de Clermont Métropole and the School of Art of Oklahoma University.