Photographies pour La Montagne / Centre France

Colin et Romain pratiquent l’urbex, comprenez « l’exploration urbaine ». Passionnés de photos, ils traquent dans le Puy-de-Dôme des lieux laissés à l’abandon. Visite d’un internat désaffecté.

Le rendez-vous est fixé depuis des semaines. À l’heure convenue, nos deux guides d’un jour nous attendent sous un pont, à l’abri des regards. Le lieu doit rester secret. S’ensuit une marche de quelques minutes, un grillage à enjamber et nous voilà face à une imposante et lugubre bâtisse. En façade, la nature semble avoir repris ses droits.

Semble car à l’intérieur, un tout autre univers nous attend. Le sol est jonché de débris et de bouts de verre. Les murs sont recouverts de tags. Le plafond, littéralement éventré, recrache d’impressionnants blocs de laine de verre. « Les récupérateurs de cuivre sont passés depuis longtemps », constate Colin.

Ce lieu, il le connaît bien. Il est déjà venu le photographier. Mais tient à préciser : « C’est abandonné, pas oublié ». Aussi, en un an, le mobilier a été déplacé. « Par des squatters sûrement ». Les casiers des écoliers ont été défoncés, les chaises renversées et les radiateurs désossés. À cet étage, pas de photos intéressantes.

Quand les flashs crépitent

Plus haut, des portemanteaux restent intacts, et les grands lavabos débordent de poussière. L’ambiance change d’une pièce à l’autre. La lueur blafarde renforce l’anachronisme du lieu. Dans un coin, d’anciens numéros de La Montagne de janvier 1987 permettent de dater depuis quand l’établissement est laissé à l’abandon. Et puis, au moment de descendre à la cave, Colin hésite. Un sourire se dessine alors sur ses lèvres. Il se surprend à découvrir un nouvel endroit. Appareil photo dans une main, lampe allumée dans l’autre, il nous ouvre le chemin. Face à lui, dans l’obscurité la plus totale trônent deux chaudières recouvertes de poussières contrastant avec la fraîcheur du lieu. Plus loin, c’est la colossale cuve de mazout qui n’a pas bougé. Et dans la pièce d’à côté, la peinture de la tuyauterie des douches collectives s’écaille. Nos deux adeptes d’urbex s’en donnent à c’ur joie. Les flashs crépitent. C’est dans ces moments-là qu’ils prennent le plus de plaisir. « Découvrir de nouveaux lieux, arriver les premiers, c’est ça notre passion ». Après quelques minutes de shooting, la visite reprend son cours. Au fur et à mesure des étages, d’une aile à une autre, il devient difficile de se repérer dans ce dédale. Les pièces se succèdent. Chambres, salles de classe, tout y passe. On se prend alors à divaguer. Il y a dix ou vingt ans, des écoliers couraient et jouaient ici. Aujourd’hui, tout a changé, la précaution est de mise, il faut faire attention où l’on pose ses pieds. La moquette se décolle, le sol craque sous les pas.

Soudain, une porte claque. Et nous sort de notre torpeur. Tout le monde s’arrête. Nous ne serions donc pas les seuls ? Les secondes s’égrènent. Le bruit se répète mais ne semble pas se rapprocher. Au final, ce n’était que le vent qui s’engouffrait par les vitres brisées. Cela n’a pourtant pas refroidi les deux acolytes. Ils ont l’habitude des rencontres. Si les squatters n’hésitent pas à leur dévoiler les lieux, plus que les vigiles, ce sont les récupérateurs qu’ils craignent. « Ils n’hésiteraient à se battre pour dérober notre matériel ». D’où cette précaution érigée en précepte : « Toujours être accompagné ».

Deux heures plus tard, la visite touche à sa fin. Il faut sortir. Se réhabituer à la lumière du jour, aux odeurs du quotidien. À la réalité.

Plus de renseignements : www.flickr.com/photos/_kheiz/sets, www.auvertofs.com

Pierre Peyret
Photographies : Justine Emard

Pour La Montagne / Centre France